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21 Квітня 2023

Réponse des organisateurs du Festival Arsmondo Slave et de l'Opéra National du Rhin à la lettre ouverte des représentants de l'association PromoUkraïna

Strasbourg, 21 avril 2023

Madame, Monsieur,

J’ai bien reçu la lettre que vous m’avez fait parvenir à la veille du lancement du festival Arsmondo et qui soulève des questions de la plus haute importance.

Conscients de tous les points que vous soulevez, la direction de l’Opéra national du Rhin et les responsables de la programmation d’Arsmondo ont, dès l’annonce de cette manifestation en mai 2022, pris le soin d’aborder les points que vous soulevez. Je vais donc redire et préciser notre position ici.

Le 30 mai 2022, toutes les équipes de l’OnR (chœur, ballet, opéra studio, services techniques) ont participé à un grand concert en faveur de l’Ukraine, où des artistes ukrainiens ont été invités et dont le bénéfice a été versé aux victimes ukrainiennes de la guerre. Dans le discours que j’ai prononcé au début de cette manifestation (jouée devant une salle comble), j’ai clairement condamné la guerre d’agression de la Russie envers l’Ukraine, au nom de tous les collaborateurs de l’OnR. Ceux-ci ont travaillé bénévolement pour cet événement. Notre maison a participé ensuite à plusieurs autres actions de soutien à l’Ukraine (collaboration avec le Ballet de Kiev, embauche d’un étudiant ukrainien dans nos équipes, transport de matériel humanitaire destiné à l’Ukraine, etc.).

En ce qui concerne le festival Arsmondo Slave, le positionnement du festival que vous nous demandez de clarifier se trouve exprimé clairement dans mon éditorial et dans l’article Les mondes slaves : le singulier au pluriel d’Emilia Koustova, tous deux publiés au début du programme gratuit d’Arsmondo. Par souci de transparence et pour répondre aux questions posées par votre lettre, nous publions ces deux textes sur notre site internet à côté de votre message. Vous verrez que nous y affirmons clairement, comme vous nous enjoignez de le faire, que nous ne considérons pas qu’il n’existe pas un «monde slave» mais bien une mosaïque complexe, que dans les pays slaves se côtoient plusieurs religions, et que la culture est effectivement utilisée comme une arme par la Russie. Vous verrez qu’à aucun moment nous ne mettons sur un même plan la victime et l’agresseur.

Vous déplorez par ailleurs que le festival «détourne l’attention de la plus grande guerre qu’ait connue le continent européen en près de 80 ans […] pour se concentrer sur des sujets neutres». Je pense au contraire que d’avoir maintenu cette thématique slave (décidée en 2020) nous permet justement de rendre attentif à la région du monde où cette guerre horrible fait rage, et qu’il est impossible d’être neutre quand on consacre un bouquet de manifestations aux pays de l’est de l’Europe en ce moment.

Nous programmons des manifestations artistiques et des tables rondes sur des sujets essentiellement culturels, sociaux et politiques. La guerre actuelle sera donc présente en beaucoup d’endroits de notre programmation, notamment lors de la table ronde Soutenir et programmer des artistes en temps de guerre le 23 avril, dans la conférence/débat des Mercredis du Conseil de l’Europele 26 avril, dans la conférence de Yauheni Kryzhanouski sur la politisation du rock au Bélarus le 4 mai, dans la conférence Les droits humains en dessins ce même 4 mai, dans les projections de Mariupolis 2 du cinéaste Mantas Kvedaravicius et de La Cacophonie du Donbass du réalisateur d’origine ukrainienne Igor Minaev les 4 et 11 mai, dans la rencontre avec le journaliste spécialiste de l’Ukraine Sébastien Gobert le 9 mai, etc. Il est impossible d’être neutre lorsque l’on programme des artistes et des œuvres des pays slaves en ce moment. C’est précisément pour cela que j’ai décidé de conserver le principe d’un Arsmondo Slave. Il aurait été facile de tout annuler ou de choisir un autre thème pour cette édition – mais cela, précisément, aurait été une manière de «détourner l’attention».

Pour ce qui est des participants russes, comme je l’ai précisé oralement à plusieurs reprises dès le mois de mai 2022 et par écrit dans mon éditorial, nous travaillons avec des artistes et chercheurs qui ont condamné l’agression de l’Ukraine par leur pays et vivent presque tous en exil. C’est notamment le cas de Dmitri Tcherniakov, metteur en scène du Conte du Tsar Saltane, qui a condamné la guerre dès février 2022, notamment dans ses échanges sur les réseaux sociaux avec la cheffe d’orchestre ukrainienne Oksana Lyniv avec laquelle il venait de travailler au Festival de Bayreuth.

Une chose est effectivement décevante : c’est le peu d’Ukrainien.ne.s qui se produiront au sein du festival Arsmondo Slave. On dénombre toutefois plusieurs chanteurs et chanteuses, une danseuse-chorégraphe, des réalisateurs, une autrice, une juge, des chercheurs et chercheuses… Pour vous dire la vérité, il devait y avoir davantage de personnalités ukrainiennes dans notre Arsmondo Slave, mais certains artistes avec lesquels nous avons eu des contacts chaleureux, depuis de nombreux mois, ont annulé leur participation récemment, décision qui nous attriste mais que nous respectons bien évidemment. Nous leur avions toujours expliqué qu’il y aurait aussi des artistes russes dans la programmation du festival, mais exclusivement des personnalités opposées à la guerre. Cela n’a pas suffi à les convaincre de maintenir leur participation.

Je souscris à tout le reste de votre lettre – l’Ukraine se bat en effet aujourd’hui pour les valeurs démocratiques auxquelles les pays européens sont viscéralement liés. Notre maison elle-même réaffirme sans cesse son attachement aux valeurs d’ouverture, de liberté, de respect, de dialogue, de paix et de bienveillance. Je vous renvoie à l’ensemble de nos textes de communication, dont ceux publiés à côté de votre lettre.

Pour terminer, nous allons nous efforcer de répondre de manière constructive à vos demandes :

1) Nous publions votre lettre sur notre site internet dès aujourd’hui.
2) La position de l’OnR et du festival Arsmondo vis-à-vis de la guerre d’agression de la Russie envers l’Ukraine et sa ferme condamnation sera répétée lors du discours que je prononcerai à l’ouverture du festival.
3) Les sources de financement et les noms des mécènes et sponsors du festival Arsmondo et de l’Opéra national du Rhin sont publics et figurent sur notre site, vous trouverez la page correspondante sur ce lien. Nous n’avons jamais reçu de soutien financier ou en nature de groupes de pression ou de propagande, quels qu’ils soient. Quant à l’«idéologie du festival», elle est exprimée clairement dans notre brochure gratuite consacrée à Arsmondo et dans les deux textes que nous publions avec votre lettre.
4) Il ne nous est pas possible d’afficher des informations sur les conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine lors de tous les événements du festival. Ces informations se trouvent dans tous les médias français et occidentaux, dont le métier est justement d’informer en toute indépendance.
5) La thématique de chaque festival Arsmondo est fixée deux ans en amont. Ce thème est toujours lié à la programmation d’un ouvrage lyrique. L’année prochaine, le thème est donc déjà choisi. Et le rôle de la culture comme vecteur de paix y sera mis en valeur.
6) Nous avons déjà invité et engagé des artistes ukrainiens. Nous continuerons de le faire.

En espérant que ces précisions vous auront rassuré.e.s quant à l’attention que nous portons au contexte géopolitique actuel et aux questions qui touchent à la culture et aux idées dans les pays slaves, je vous prie, Madame, Monsieur, de recevoir mes plus cordiales salutations.

Alain Perroux
Directeur général de l’Opéra national du Rhin

Voir plus : https://www.operanationaldurhin.eu/fr/le-magazine/reponse-a-la-lettre-ouverte-des-representants-de-lassociation-promoukraina

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